samedi, 23 of septembre of 2017

Quelques questions de fond sur l’éducation…

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1 : L’éducation, ça coûte cher, très cher, bien plus que nous ne croyons : locaux, enseignants (salaires et formation), administration, entretien, matériel (et pas seulement le papier, ou les livres ou même les ordinateurs, ou les ballons, mais les ateliers et les machines dans les formations techniques, etc… Plus le transfert des élèves, un des plus gros budgets du Conseil Général !)

Alors, QUI PAYE ?

  • Ceux qui reçoivent l’éducation ? Ou plutôt leurs parents !? Injuste ! Car il faut être riche, très riche.

  • Ceux qui ont besoin de gens formés : les entreprises. C’est juste. Mais… qui paiera les études des médecins ? Les malades ? Et des musiciens ? Etc…

  • Des organisations humanitaires et caritatives : c’est ce qu’ont fait, et font encore à certains endroits, les Églises, ce que font des ONG dans d’autres pays. Avec quel argent ? Celui qu’on veut bien leur donner… volontairement.

  • La société : l’État. (Ce pourrait être collectivités territoriales, communes, régions). C’est-à-dire les contribuables. Nous. C’est le plus juste, le plus solidaire, car c’est une redistribution.

MAIS… les payeurs ont, c’est inévitable, un certain contrôle des contenus : ils peuvent payer ceci et pas cela…

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2 : À qui profite l’éducation ?

Aux bénéficiaires ? À leurs familles ?

À la société ? À qui dans la société ? Elle forme ses agents, ses responsables, ses éboueurs, ses médecins…

Aux entreprises ?

À l’État ?

2bis : Qui tire profit de telle ou telle partie de l’éducation, de tel ou tel point des programmes scolaires ? Qui a intérêt à ce que tout le monde parle anglais ? Le capitalisme international… Qui a intérêt à ce que tout le monde étudie l’économie (obligatoire en Seconde depuis 2010) ? Est-ce pour que personne ne puisse contester l’économie libérale ? Qui a intérêt à ce que la musique ne soit pas dans les programmes et reste un luxe élitiste ?

Parfois, aussi, les enseignants, qui veulent garder leur gagne-pain, ou de bonnes conditions de travail…

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3 : Qui organise l’école ? (en France, aujourd’hui).

1: L’enseignement privé hors contrat :

  • très cher (voir plus haut)

  • autonome dans ses contenus, ses effectifs, sa formation des enseignants, sa pédagogie;

  • Ex : Écoles Steiner : l’émanation d’un groupe particulier, la pensée anthroposophe. un luxe, passionnant peut-être…

2: L’enseignement privé conventionné :

  • nettement moins cher, car l’État paye les frais d’enseignement (salaires…)

  • les parents, l’association organisatrice, ont part à l’organisation sur certains points

  • l’État impose un cadre généralement très semblable à l’Éducation Nationale.

  • Ou moins semblable : cas des MFR,

3: L’Éducation Nationale

  • l’école est gratuite

  • c’est l’État, donc les contribuables, donc nous tous, qui paye à peu près tout : c’est donc la plus solidaire !

  • cadre très normé, liberté pédagogique assez étroite (variable selon les époques)

  • (à noter qu’une partie dépend du Ministère de l’Agriculture : elle est plus souple et plus créative…)

Ne confondons pas justice sociale et liberté : le plus juste, c’est l’Éducation Nationale. Et c’est là où il y a le moins de liberté !

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4 : Qui décide des contenus ? de ce qu’on doit apprendre ?

  • Ceux qui vont apprendre ? Mais ils ne savent pas…

  • Leurs parents ? Sauront-ils mieux ?

  • Les enseignants ? Ne défendront-ils pas leur bifteck ?

  • La société : sous quelle forme ?

    • L’État ?

    • Les collectivités locales ?

    • Les groupes qui en ont besoin, par exemple les entreprises ? Qui défendra le grec ou le dessin ?

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5 : Rentabilité : Un établissement scolaire n’est pas rentable comme une entreprise. MAIS l’éducation doit être « rentable » pour la société : celle-ci (c’est-à-dire nous) a besoin de gens formés (médecins, agriculteurs, plombiers, ingénieurs… mais aussi musiciens, animateurs, comédiens…). Et elle y investit (voir 1). L’école doit donc fonctionner et produire des compétences.

ET une école qui ne fonctionne pas annonce des explosions sociales à venir : par manque de gens formés… et par manque d’insertion sociale efficace pour d’autres.

Rentable donc… mais à quelle échéance ? Lointaine ! Bien plus lointaine que n’importe quelle échéance électorale !

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6 Zéro défaut : Notre société, hyper-technicisée, a absolument besoin du zéro défaut (nombreux exemples). Or l’éducation demande le droit à l’erreur : considérée avec indulgence, comme une étape de la formation, elle doit être analysée, travaillée, dépassée, pour ne pas détruire la personne par une sanction.

MAIS QUAND le passage de l’indulgence au zéro défaut doit-il se faire ? Qui saura être impeccable si on ne lui a appris que l’à-peu-près ? ET pourquoi être intransigeant sur une erreur qui ne portera jamais tort à personne ?

Faut-il sélectionner ? Parfois, oui : je veux que mon médecin soit compétent, que le technicien de la centrale nucléaire soit parfait ! Mais qui sélectionner ? Comment, sur quels critères ? Et tout le monde doit avoir sa place !

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Je n’ai pas les réponses, mais ces questions sont incontournables.

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Hélène Bourdel

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publié dans le n°7 de septembre 2011, mis en ligne le 16/12/2011


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