jeudi, 20 of juillet of 2017

Le Restaurant Hirscheneck : autogestion dans la durée

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Depuis 32 ans à Bâle dure cette expérience d’autogestion. Au fur-et-à-mesure de son histoire et de la succession des générations, le restaurant Hirscheneck a vu beaucoup de changements en ses murs, mais il n’a jamais abandonné le principe d’autogestion. Comment s’expliquer ce succès ? Notre ami suisse Hans-Georg Heimann a interrogé Roger Portmann, un membre de l’Hirscheneck.

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Comment s’est développée cette expérience ?

Dans les années 70, le mouvement pour vivre et travailler autrement était très fort en Suisse et un groupe de jeunes gens cherchait à réaliser ces visions dans une coopérative gastronomique. Après avoir trouvé à acheter tout un immeuble, le groupe a créé une coopérative qui gère tout le bâtiment. Beaucoup d’organisations de mouvements sociaux y ont domicilié leur siège. L’une d’elles est la coopérative Restaurant Hirscheneck.

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Comment vous êtes-vous organisé ?

Derrière le restaurant, sa cuisine et sa salle de concert légendaire, il y a, depuis le début, le Collectif…

Tous ont le même salaire et la même responsabilité pour le travail. Nous sommes nos propres patrons. Toutes les deux semaines tout le monde est présent à l’assemblée pour organiser le travail, discuter, faire le planning, rêver et parfois se disputer.

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Tu dis « se disputer » ?

C’est clair que cela n’est pas facile car nous sommes trop fortement habitués à des structures autoritaires et à des hiérarchies. Travailler dans une coopérative ne veut pas dire que toutes les pensées et décisions prises normalement par le chef se discuteront et se décideront en assemblée collective. Naturellement, l’assemblée est le lieu ou le collectif prend les décisions importantes. Mais la plupart des points sont discutés dans des groupes de travail. Ainsi le groupe « cuisine » discute de quoi et comment ils vont cuisiner, pendant que le groupe « service » décide si la carte des vins et la panière à pain doivent être plus grandes ou plus petites. Le groupe « culture » organise les concerts selon ses conceptions et goûts, et le groupe « réparation » planifie la réparation des chaises. Cela ne veut pas dire que tout le monde peut faire ce qu’il veut. Porter la responsabilité signifie penser avec tous les autres, s’informer auprès des autres, et critiquer. Les consensus, sur les comment nous voulons travailler ensemble, doivent régulièrement être remis au débat.

C’est là le grand enjeu pour travailler et vivre ensemble sans hiérarchie. Ne pas se cacher derrière des ordres, discuter avec des hommes et non pas comme entre « Chefs » et « subordonnés ». Ainsi nous créons un espace, dans lequel nous pouvons apprendre à sortir des rôles traditionnels du haut et du bas de la hiérarchie, du pouvoir, de l’impuissance… et vivre une petite pièce d’utopie.

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… et les clients?

Nous ne voulions pas seulement créer un espace privilégié pour nous, nous souhaitions également qu’il soit ouvert aux différences. Nous n’acceptons plus de sexisme, homophobie et racisme dans le restaurant. Chez nous, les gens sont respectés et circulent librement, indépendamment de leur provenance et de leurs préférences sexuelles.

Avec nos hôtes, nous essayons de créer le contact sans hiérarchie ni mercantilisme. Nous voulons rencontrer les clients avec respect et nous attendons d’être également respectés. Dans le Hirscheneck n’existe pas de porteur/porteuse de bière (Service) ni de porteur d’argent (le client), le mot « mademoiselle » est mort depuis longtemps. Les hôtes peuvent venir s’assoir sans consommer.

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… et vos voisins ou les gens de dehors ?

68, les communes, le romantisme de la révolution… sont passés de mode. Chez nous, c’est toujours aussi passionnant et rafraichissant, car on y vit régulièrement de nouvelles excitations. À ceux qui pensent que dans les structures coopératives rien ne peut être décidé, que rien ne bouge et que les choses sont au mieux médiocres, nous disons de venir nous visiter. Il n’y a pas besoin de Chef pour cuisiner avec excellence ni pour mener un restaurant au succès.

Naturellement, nous sommes différents. Chez nous, pas de « Corporate Identity », mais de l’ambiance authentique. Pas de rire permanent, mais de l’honnêteté. Pas de nappes empesées mais un endroit où l’on se sent bien.

Ce que nous voulions, c’est changer le monde. 300 ans de capitalisme et 5000 ans de patriarcat, avec exploitation et répression, c’est assez. Que le monde soit un lieu de vie agréable pour tous !

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Propos de Roger Portmann recueillis par Hans-Georg Heimann

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Restaurant Hirscheneck

Lindenberg 23- 4058 Basel – Suisse

0041 (0)61 682 73 33

www.hirscheneck.ch

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publié dans le n°5 de mars 2011, mis en ligne le 14/12/2011


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