lundi, 16 of janvier of 2017

LA MAISON DE LA CITOYENNETÉ MONDIALE

Une Association, des projets, de la citoyenneté, du multiculturel, des solidarités… à Mulhouse depuis 2002

Une nouvelle aventure, une utopie de plus, toujours aussi réaliste parce que vécue, expérimentée, car n’oublions pas que toutes les femmes et tous les hommes sont doués et qu’il suffit de le vérifier à l’expérience.

Cette Maison a été inaugurée le 19 avril 2002 et à l’heure où ces lignes sont écrites, sept ans sont déjà passés.

L’objectif était clair : démontrer que chacune et chacun, là où il vit, est responsable de lui-même et… parfois peut vivre des expériences, des solidarités avec les autres.

La plaquette de présentation rédigée au démarrage est très explicite. Sous le titre « Construisons une citoyenneté mondiale ! », elle nous apprend notamment que la Maison de la Citoyenneté Mondiale est un lieu qui favorise l’expression, libère les énergies, contribue à l’émergence d’un nouvel imaginaire collectif.

L’activité de la Maison repose sur quatre orientations principales : l’action citoyenne, la société multiculturelle (ou plutôt le vivre ensemble), les solidarités transnationales, l’économie solidaire et distributive.

En fait, la Maison de la Citoyenneté Mondiale est un espace de rencontre, d’information, d’étude et d’accompagnement d’idées. Elle inscrit son action dans une démarche citoyenne qui se situe en fait dans le cadre d’un réseau mondial dénommé à juste raison « Les Citoyens du Monde ».

Nos forums citoyens, nos rencontres, nos références à la citoyenneté mondiale sont autant d’expériences, de moyens qui nous permettent à partir d’une implication locale, de tisser des liens à travers le monde entier et de découvrir une dimension globale, d’apprendre à écouter pour mieux se comprendre et permettre ainsi de s’épanouir pleinement avec le souci permanent de construire le bien commun.

Par ailleurs, des forums citoyens permettent en toute simplicité à des hommes et des femmes de se rencontrer, de réfléchir ensemble, de débattre sur les sujets qui traversent la société. Ajoutons que nous participons à des forums sociaux régionaux, européens et parfois mondiaux. Ceci nous permet d’avoir une certaine vision du monde. Et c’est ainsi que nous prenons conscience que les affaires de ce monde sont les affaires de tout le monde.

Mais nous ne nous contentons pas seulement de discuter, de palabrer (tout en précisant que cela est utile et parfois même fondamental), nous tentons et nous réussissons même parfois à mettre nos idées en pratique. Nous tentons de les expérimenter, de les vivre concrètement à notre niveau. Et, pour être précis, disons que notre structure est animée par des personnes de condition et de formation diverses : il y a des personnes profondément incluses dans la société, d’autres en sont exclues. En venant chez nous, en faisant tourner notre structure (notre boutique comme son président a l’habitude de dire), elles apprennent à faire, elles se heurtent parfois ; ensemble nous apprenons à gérer des conflits, à les dépasser (mais pas tous les jours).

Mais l’important, c’est l’impulsion que nous donnons à cette idée. Ceci ne se décrète pas, cela se vit parfois, cela se pratique. C’est d’ailleurs la seule manière qui permet de se connaître et de se reconnaître ; de faire avec le ou les autres et non pour les autres ; de nous mettre à la hauteur de l’autre et non plus de nous contenter de nous pencher sur lui et… de faire semblant de nous mettre à son niveau.

Et c’est dans cet esprit que tout naturellement nous sommes impliqués dans ce mouvement qu’on appelle les citoyens du monde.

Au niveau de la société multiculturelle, la Maison de la Citoyenneté Mondiale aide les personnes à se prendre en charge dans les formalités courantes de la vie, propose des services (écrivain public, aide aux démarches administratives, recherche d’emploi, soutien au logement, etc.), offre un lieu permanent d’accueil et d’écoute, favorise l’expression orale et écrite, organise des rencontres, manifestations, des repas permettant aux uns et aux autres de s’exprimer, de s’écouter, de se comprendre pour mieux vivre ensemble. En fait, ce domaine reste celui qui attire le plus de monde, qui provoque à la fois le plus de déceptions, mais aussi le plus de satisfactions. Les critiques concernant par exemple nos limites, au niveau de l’affectation des logements, fait parfois mal parce qu’elles semblent injustifiées, mais elles sont compensées par la joie collective que nous ressentons, lorsque l’un de ceux qu’on appelle les sans-papiers est régularisé.

En conclusion, notre démarche peut se résumer par cette petite phrase : « Nous apprenons à nous enrichir de nos diversités pour découvrir nos ressemblances. »

Pour ce qui est des solidarités transnationales, la Maison de la Citoyenneté Mondiale soutient des initiatives concrètes permettant aux populations concernées de mieux vivre et de participer aux conceptions, au suivi et au contrôle des projets.

On peut citer le projet de tourisme solidaire au Sénégal, le lancement d’un Centre International (Nord-Sud) de Recherches Alternatives et un projet de solidarité avec des femmes pakistanaises.

A travers ces projets, nous essayons de mettre en pratique l’idée de don et de contre-don. En d’autres termes, nous apprenons à donner (parfois il s’agit de notre superflu), mais aussi à recevoir… Et c’est d’ailleurs cela qui est le plus important, car le Sud possède un capital humain fait d’esprit d’entreprendre, de gentillesse, de notion d’accueil de l’autre…

Et… en définitive, ils sont capables de nous donner plus que nous leur apportons bien souvent. Mais… pour cela, il suffit d’être effectivement prêts à accepter de recevoir et cela n’est pas toujours habituel et évident.

Notre société sera régénérée, rénovée en quelque sorte par des expériences, des idées venant du Sud. Notre vieille Europe, l’Occident si sûr de sa vérité, a tout intérêt à ouvrir sa porte et ses oreilles. Car aujourd’hui, il ne s’agit plus de se contenter de gérer son superflu, d’exporter notre soi-disant démocratie, notre civilisation vieillissante, il s’agit plutôt de lier les solidarités d’ici (avec celles et ceux qui nous entourent) aux solidarités de là-bas (avec celles et ceux qui vivent ailleurs).

C’est peut-être à ce niveau que nous enregistrons le plus de satisfactions. Avec peu de moyens, nous montons des projets, nous impulsons des actions et… cela nous permet de rêver.

Quant à l’économie et aux finances solidaires, la Maison de la Citoyenneté Mondiale offre un centre de ressources, de documentation et de formation, assure l’étude, le montage et le suivi de projets, développe des concepts de financement et d’épargne solidaire, réfléchit et expérimente des systèmes monétaires complémentaires.

Lorsque les projets sont suffisamment pérennes et ont besoin d’autonomie, des structures juridiques indépendantes d’Economie Sociale et Solidaire sont créées. La MCM garde des liens forts dans le respect de l’indépendance.

En résumé, on peut affirmer que les valeurs qui guident l’action de la Maison de la Citoyenneté Mondiale sont très simples : assurer le plein épanouissement de chacune et de chacun, réaliser le bien commun, expérimenter une manière de réfléchir, d’agir, de vivre basée sur le don et le contre-don. Et c’est en tenant les deux bouts de la chaîne, le local et le global, en reliant, en mettant en réseau expériences et acteurs, que nous contribuons à développer la citoyenneté mondiale.

Nos réflexions et nos expérimentations au niveau de l’économie solidaire sont autant d’occasion de démontrer:

  • que l’économie doit être au service de l’Homme (avec un grand H) et non du capital

  • que l’économie doit devenir distributive et solidaire, et être basée sur l’abondance et non sur la rareté

  • que la monnaie doit retrouver sa vraie fonction d’échange, de partage et non de spéculation

  • que chacune et chacun doit bénéficier, de la naissance à la mort, d’une allocation universelle, d’un ticket pour la vie en quelque sorte.

Et maintenant que peut-on ajouter à cela ?

C’est une expérience assez unique, qui nous apporte beaucoup.

  • il y a certes beaucoup de difficultés, de limites ;

  • il y a avant tout la gestion des permanents, des proches, qu’ils soient salariés ou bénévoles. Les degrés d’investissement sont multiples et variés. Tout le monde n’est pas sur la même longueur d’ondes. C’est parfois dur à gérer, à animer, mais faire avec les autres, c’est peut-être cela ;

  • il y a le manque de moyens financiers. C’est un souci permanent et constant. Mais cela oblige parfois à se dépasser, à être inventif ;

  • il y a les procès d’intention intentés par l’environnement social et politique : c’est délirant les intentions qu’on peut nous prêter !!! Mais c’est plutôt rigolo. Nous pourrions ouvrir un musée des rumeurs… et en définitive, la peur que nous suscitons auprès des gestionnaires de leur fonds de commerce électoral nous donne beaucoup d’importance.

Mais tout cela ne nous empêche pas de lier effectivement notre réflexion à des expérimentations concrètes, en suscitant toute une série d’actions, de projets tels que :

  • les projets de tourisme solidaire au Sénégal et au Maroc,

  • le projet de construction de maisons bioclimatiques,

  • le projet de monnaie complémentaire électronique : le SOL –> www.sol-reseau.org

  • Le Groupement d’Intérêt Economique et Solidaire,

  • Le Restaurant Solidaire « Table de la Fonderie »,

  • La revue pour l’économie solidaire et distributive, le Colibri Solidaire et Distributif,

  • Le Magasin pour Rien,

  • Récupération, Rénovation, Revente de meubles à prix solidaire et prix « ordinaire »,  SOS Meubles
  • L’épicerie solidaire,

  • L’Agence Immobilière à Vocation Sociale.

A travers ces projets, ces expérimentations, nous démontrons à la fois avec modestie et avec conviction et détermination, que cela est possible.

Et réflexion faite, le jeu en vaut la chandelle.

Quand on voit débarquer chez nous cette foule de «sans» : les sans travail, les sans revenus, les sans papiers, les sans logement, les sans reconnaissance sociale, nous nous rendons compte que nous sommes utiles et constatons que notre manière de faire est juste ; c’est la seule qui compte pour nous : ils sont accueillis, ils sont reconnus, ils sont acceptés et nous les aidons à découvrir qu’eux mêmes ne sont pas «sans utopie».

Les débats au niveau du «vivre ensemble» nous ont appris à nous baser sur nos racines communes, pour nous enrichir effectivement de nos diversités, et… découvrir nos ressemblances.

Les projets de solidarité transnationale nous donnent l’occasion de donner et de recevoir (don et contre-don), de développer des projets qui permettent à celles et à ceux qui vivent ailleurs (dans le Sud) de se prendre en charge pour éviter que d’autres ne le fassent à leur place.

Et pour celles et ceux qui nous disent: «C’est beau tout cela, mais il faut des moyens», nous répliquons : «Réfléchissez un peu, les moyens existent, il suffit de savoir bien les affecter. Au moment des guerres, c’est-à-dire en permanence, il y a des balles, des obus, des mines, des bombes qui sont distribués gratuitement sur la tête des gens qui n’ont rien demandé. Alors … ne dites pas qu’il n’y a pas de moyens : si on veut, on peut, encore faut-il le vouloir».

Et nous pourrions continuer ainsi à l’infini, l’essentiel étant d’y croire, de se passionner, de lier réflexion à expérimentation, de démontrer, à l’usage, que toutes les femmes et tous les hommes sont doués et qu’il suffit de le vérifier à l’expérience, et que le lien est plus important que le bien.

Roger Winterhalter

Association Maison de la Citoyenneté Mondiale : 20 rue Paul Schutzenberger – 68200 Mulhouse – mcm.arso@wanadoo.fr

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publié le 05/12/2009


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