lundi, 16 of janvier of 2017

L’alternative au capitalisme

Dans le contexte de crise, la nécessité de trouver des solutions fait émerger nombre d’alternatives. Jusqu’où doivent-elles aller pour améliorer durablement notre quotidien ? Une alternative ou une transition (pour passer du système en place à un autre mode de fonctionnement) ne réussira que si elle se démarque suffisamment du système en place, sinon celui-ci l’absorbera et la galvaudera.

Exemples d’alternatives récupérées et galvaudées

L’agriculture biologique en France aura vécu très peu de temps. Le système dominant avait commencé par retarder au maximum son arrivée, en marginalisant et dénigrant ses pionniers. L’opinion publique s’étant malgré tout intéressée au sujet, le système a accepté et pris les rênes de la bio en établissant les cahiers des charges AB, pour finalement la rendre minable en 2009 en imposant du laxisme et des aberrations (OGM…). Fort heureusement, la plupart des producteurs continuent à produire réellement bio. Mais s’ils veulent le prouver, le logo officiel AB n’est plus suffisant, ils doivent revenir à de « vieux » labels peu connus, comme Nature & Progrès et Demeter. Les conséquences sont graves : de grosses confusions et tromperies pour les non avertis et le retour à la case marginalité pour les vrais bio.

Les éoliennes en France n’ont toujours pas été acceptées malgré leur indéniable intérêt. D’abord marginalisées, sabotées par EDF, l’opinion publique s’étant malgré tout intéressée au sujet, le système dominant a commencé par de grosses, hideuses et bruyantes éoliennes qui ont dégoutté une partie de la population, écolo inclus. Alors qu’il existe pourtant des exemples réussis, même en France, comme en Meuse Meurthe et Moselle, Ardèche…

L’insuffisance des 35h en France a anéanti l’idée du partage du travail. Il y a eu un double problème :
1. On a mis en place les 35h sans changer le mode de répartition des richesses, cela a provoqué une baisse des revenus, du coup, nous ne sommes pas allé jusqu’au bout et, globalement, il y a plus de gens moins bien lotis.
2. On a de surcroît choisi une solution extrêmement difficile à mettre en œuvre (passer de 39h à 35h posait d’énormes problèmes d’organisation et a conduit nombre d’entreprises à garder le même fonctionnement hebdomadaire, tout en finançant les jours de RTT (Réduction du Temps de Travail) par des gains de productivité, donc sans embauche – alors que le passage en semaine de 4 jours aurait été plus facile à organiser et surtout, en créant une grosse différence de temps de travail, aurait obligé à une embauche massive).
Le manque d’embauche et la baisse de revenus des salariés ont provoqué non seulement un dégoût des gens, mais surtout l’idée qu’on ne peut pas partager le travail. Même les syndicats ont abandonné l’affaire. Quelle belle réussite pour le développement du capitalisme !

Le système peut étouffer dans l’œuf en faisant semblant de s’intéresser à un dossier, pour mieux le classer sans suite. Les changements d’heure d’hiver – heure d’été avaient été remis en cause pour de bon il y a quelques années. Il aura suffit qu’un « illustre » politique (au service du système dominant) prenne la question en main pour l’expédier aux oubliettes. Le président Chirac a fait semblant d’étudier le sujet, a vite décrété que ce sujet était trop difficile, puisqu’il devait se gérer sur 10 ans. La suppression du changement d’heure est maintenant considérée comme irréalisable, l’opinion publique est à nouveau dans la croyance qu’on ne peut rien changer. Qu’en sera-t-il des Grenelles ?

Même les pensées marxistes ont été récupérées. D’abord galvaudées et falsifiées par Staline, elles ont été absorbées par le capitalisme sous l’action de Gorbatchev et des gouvernants-dictateurs chinois. Au point que la majeure partie des gens confondent actuellement communisme, socialisme, Marxisme et dictature chinoise.

Dispersion actuelle des alternatives

Beaucoup de gens sont motivés et se mobilisent pour faire mieux, mais au final, ne créent que du moins pire qui permet au pire de s’amplifier.

Parmi les innombrables d’exemples : pendant que les écolos créent Enercoop, EDF développe le nucléaire dans les autres pays. Pendant que les syndicats s’investissent pour l’employabilité et qu’on élabore le RSA (Revenu de Solidarité Active), les conditions de travail deviennent de plus en plus difficiles et nombre d’entreprises ferment…

Les sujets important sont tellement nombreux que nous sommes dispersés, noyés. Enseignement, recherche, bio-diversité, agriculture bio, produits chimiques, nucléaire, ionisation, OGM, expérimentation animale, sans-abris, fichage, liberté de la presse, médecines parallèles, solidarité internationale, commerce équitable, fonds éthiques, coopératives, associations locales… N’ayant que 24h dans une journée, chacun se choisit un ou quelques thèmes et n’a guère de temps pour soutenir les thèmes des voisins. Du coup, il n’a pas assez de monde pour soutenir les initiatives, qui restent trop marginales et inefficaces, pendant que le rouleau compresseur avance.

Nous avons l’impression de faire mieux lorsque notre banque est sociale (Caisse d’Epargne, Crédit Mutuel, Crédit Coopératif…), encore mieux lorsqu’elle est solidaire (La Nef), et l’on oublie d’aller plus loin en soulevant le problème central de la création monétaire (en croissance exponentiellement illimitée). Pendant ce temps, le rouleau compresseur avance : nous avalons des pilules insidieuses (Maastricht, Lisbonne, plan de relance du FMI…) qui privatisent un peu plus la création monétaire et amplifient les crises.

Nous faisons effectivement mieux lorsque nous utilisons des monnaies locales et/ou sociales. Mais ces monnaies complémentaires ne sont tolérées que dans la mesure où elles contribuent au maintien du système en place.

La bio, les éoliennes, les 35h, les médecines parallèles… ne pourront démontrer leur efficacité que lorsqu’elles n’auront plus besoin d’être rentables. C’est bien là le nerf de la paix.

Force et talon d’Achille du système

Jusqu’à ce jour, aucune alternative ni aucune idée humaniste n’a pu se propager et vivre sur la terre au profit de toutes les femmes et hommes, tout à été récupéré et galvaudé par le système dominant, dont le maillon visible est le marché, avec l’obligation de rentabilité économique. Rentabilité qui nous impose la compétition permanente.

Même une association à but non lucratif doit d’abord être rentable économiquement pour exister. Et comme le système nous fait croire qu’il n’y a pas assez pour tout le monde, nous sommes coincés dans la compétition les uns contre les autres pour obtenir notre part.

  • Les revenus sont rares car ils dépendent du travail, aujourd’hui rare. (On produit de plus en plus avec de moins en moins de main d’œuvre. De surcroît, l’équation de l’Empreinte écologique devrait nous amener à diminuer nos activités économiques) ;

  • L’argent est rare à cause de l’usure : l’obligation de rembourser des intérêts nous oblige à rembourser toujours plus : croissance économique, endettement public et masse monétaire sont mécaniquement en augmentation exponentiellement illimitée (cf. vidéo « Argent Dette » du Canadien Paul Grignon).

Démocratie, liberté, tout est conditionné par les finances : on est libre que si l’on a de l’argent. Sans héritage financièrement suffisant, on doit d’abord travailler et, une fois le porte-monnaie rempli, s’il reste un peu de temps, on pourra enfin vivre sa liberté. Les politiques n’échappent pas à la règle bien sûr.

Le système dominant, ce n’est pas seulement les gros capitalistes, c’est aussi vous et moi, qui avons besoin de nous battre pour assurer nos fins de mois, ou plus précisément, qui sommes obligés d’être rentables économiquement. En Europe, l’augmentation des prix au passage de l’Euro a débuté non par les grosses sommes, mais par les prix des petites choses dans nos magasins, cafés, marchés de quartier : et ce sont beaucoup de petites gens qui ont dès le 1er janvier converti les prix au dixième de centime supérieur.

Autre exemple, en France dans les années 1992-93 : la suppression des conditions de ressources dans l’attribution des aides au logement aux étudiants a immédiatement fait grimper les prix des loyers du montant de l’aide, les propriétaires commentant l’augmentation par le propos laconique « ça ne change rien pour vous, locataire, vous payez toujours la même chose ». Les propriétaires ont donc directement récupéré cette aide, initialement destinée aux étudiants (la question du côté social ou non de cette mesure n’est pas discuté ici). Or, les propriétaires, ce sont beaucoup de petites gens comme vous et moi.

Notons que les monnaies complémentaires sans usure nous libèrent localement de l’obligation de croissance exponentielle, mais pas de l’obligation de compétition. Pour devenir une véritable solution aux crises actuelles, elles devront inclure une répartition des richesses qui assurent à chacun une part réaliste et légitime.

Si cette prise de conscience est relativement nouvelle pour beaucoup, nous ne partons pas de zéro : quelques idées ont déjà été proposées, comme l’« Economie Distributive » qui associe notamment une monnaie distributive et un revenu social égalitaire.

Les alternatives qui ne suppriment pas les obligations de compétition et de croissance exponentiellement illimitée ne peuvent rien solutionner durablement. Une alternative digne de ce nom doit nécessairement changer la nature de la monnaie ET la répartition des revenus. Un nouveau paradigme !

Eric Goujot

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publié le 4/11/2009


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