jeudi, 20 of juillet of 2017

Les Abeilles

Au marché bio de Villeneuve sur Lot, des « abeilles » pour « polléniser » les échanges de productions locales.

– Bonjour !

– Je vais vous prendre 2kg de tomates et un kg d’aubergines.

– Cela fera 7€ et 15 centimes.

– Puis-je vous régler en « abeilles » ?

– Bien sûr !

– Voici 7 billets  d’une « abeille » et 15 centimes d’euros pour l’appoint…

– Merci et belle journée.

Ce dialogue ne relève pas de la fiction. Il est devenu réalité tous  les mercredis sur le marché bio de Villeneuve sur Lot. Depuis 2 mois, grâce à l’initiative d’une association locale, «Agir pour le Vivant », 13 commerçants producteurs et  16 adhérents consommateurs expérimentent l’usage d’une monnaie locale pour le règlement de leurs échanges. Sans doute une première en France. A l’instar de ce qui existe déjà dans plusieurs  pays de par le monde où des centaines de  communautés – entreprises et particuliers – expérimentent des monnaies complémentaires locales, dans le but de re-localiser et humaniser l’économie…, tels le « Chiemgauer » en Allemagne, l’ «Ithaca Hour »  aux U.S.A. ou le « Calgary Dollar » au Canada, pour ne citer que celles-là….


Comment cela fonctionne-t-il ? Les adhérents peuvent se procurer des  «  abeilles » auprès de la « ruche » en déposant l’équivalent en euros (40 abeilles obtenues pour 38 euros) à titre de garantie. Les sommes en euros sont déposées à la NEF, la société coopérative de finances solidaires, sur un compte rémunéré, pouvant permettre des retraits rapides. Mais pourquoi, me direz-vous, adosser la monnaie locale à l’euro ? En premier lieu, c’est un moyen de contrôler le flux de monnaie locale et une garantie apportée aux producteurs et commerçants qui veulent « entrer dans le jeu » de pouvoir à tout moment alléger leur gestion : Ils récupèrent auprès de la ruche tout ou partie de leur mise, par la conversion, le cas échéant, de leurs surplus d’abeilles en euros, moyennant une commission (1). Par ailleurs, ces fonds en euros épargnés peuvent constituer des ressources supplémentaires, d’une part pour financer des projets ou des investissements d’intérêt général, éthiques, locaux ou autres,  ainsi qu’aider des jeunes en phase de démarrage d’activité, etc.… ; d’autre part pour garder un fonds de solidarité de façon à pouvoir venir en aide aux plus démunis. Le but n’étant pas d’accumuler ou de thésauriser de la monnaie, mais plutôt de la faire circuler le plus possible, de façon à relancer ou stimuler l’activité, en particulier de ceux qui seraient freinés par une insuffisance de ressources. On dispose ainsi d’un indicateur d’engagement humaniste et écologique puissant, visible et pédagogique pour des personnes qui souhaitent contribuer à un monde meilleur, mais ne savent pas trop comment faire. Indicateur pouvant devenir une sorte de label pour les entreprises membres qui peuvent ainsi afficher leur engagement à cette contribution, permettant une orientation plus aisée de la clientèle attentive à réaliser des achats « de qualité ».

A l’heure où sévit la crise financière et économique mondiale et où le risque d’un effondrement complet du système monétaire international est devenu réalité, avec entre autres conséquences un accès à la monnaie devenant rare et difficile, l’utilisation d’une monnaie complémentaire représente une solution tout à fait intéressante.  Elle peut permettre à des concitoyens aux poches de plus en plus vides de continuer à fonctionner et à des entreprises de plus en plus à court de trésorerie de trouver les financements qui leurs sont essentiels pour fonctionner au quotidien. Avec la volonté, si l’expérience réussit, de faire « tache d’huile » dans d’autres villes ou d’autres régions et participer ainsi, à l’heure où une autre crise beaucoup plus grave encore et cette fois écologique se profile à l’horizon, à la création de nombreux réseaux à vocation écologique, solidaire et sociétale, ouvrant ainsi la voie à une économie plus respectueuse de l’être humain et de son environnement naturel.

Michel Noyer

(1) Commission qui pourrait augmenter progressivement dans le temps, au fur et à mesure du développement de la confiance dans la monnaie locale.

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publié le 6/11/2009