dimanche, 28 of mai of 2017

Spiruline alsacienne

La malnutrition sévit-elle en Alsace pour qu’on y développe la culture de la spiruline ? Comment cette algue peut-elle pousser aussi haut dans le Nord de la France ? Voilà une démarche bien originale à Lingolsheim (67) qui veut contribuer à éradiquer la malnutrition dans le monde. Rencontre avec Corinne Brochot.

La spiruline est une algue présente sur Terre depuis plus de trois milliards d’années. Elle fait partie de la famille des cyanobactéries. Elle se présente sous forme de filament enroulé en spirale sur lui-même et mesure un dixième de millimètre. Apparue sur Terre avec les premiers êtres vivants, elle se développe dans des milieux aquatiques chauds. On la trouve aujourd’hui dans son état naturel en zone intertropicale dans les lacs d’eau douce peu profonds riches en oligo-éléments.

Cette micro-algue a été « découverte » au Tchad par Jean Léonard, botaniste belge aux alentours des années 1950 et les analyses sur celle-ci ont vite montré qu’elle possédait une valeur nutritionnelle sans équivalent, ce que les peuples de la région avaient déjà ressenti bien plus tôt. En effet, l’algue fait partie de leurs habitudes alimentaires depuis des milliers d’années et c’est ce qui explique leur état de santé remarquable en comparaison avec les peuples voisins. (source wikipedia)

La spiruline est remplie de trésors nutritionnels : protéines, bêtacarotène, vitamines, oligo-éléments… Elle est utilisée dans les pays du Tiers-Monde pour lutter contre la malnutrition, dans les pays riches comme complément alimentaire et dans une optique thérapeutique. Corinne Brochot avance le chiffre de 80% de protéines, contre seulement une moyenne de 12% dans la viande animale et assure que 6000 tonnes par an suffiraient pour éradiquer la malnutrition sur la planète.

Comme à leur habitude, le comportement des occidentaux à l’égard de la spiruline est doublement néfaste. Non seulement leurs programmes d’aide au développement et de luttes contre la malnutrition en font fi, préférant souvent des programmes plus coûteux et juteux, mais moins adaptés et moins bénéfiques (comme l’exportation de poulets congelés ou de lait en poudre), mais en plus la consommation des « riches » du Nord risquent de spolier les productions du Sud. La spiruline produite au Sud ne doit-elle pas d’abord bénéficier à la population du Sud ? Pourquoi le Nord ne cultiverait pas sa propre spiruline ?

L’ambition du projet alsacien était de solutionner cette double problématique en montrant, cerise sur le gâteau, que cette culture est accessible à tout le monde, sans grands moyens. Il a débuté au printemps et les premières conclusions sont plutôt flatteuses.

La vallée du Rhin offre un micro-climat qui la rend plus propice à la culture de cette algue que le Sud de la France. Même si les températures sont moindres, l’ensoleillement est tout de même largement assez élevé en Alsace. La différence, c’est l’absence de mistral et tramontane entre les Vosges et la Forêt Noire qui améliore la constance de la production. La ferme expérimentale a produit tout l’été 25 kg/j sur 350 m2. Les installations pourront produire d’avril à septembre.

Le projet a été réalisé dans un contexte de précarité, comme au Sud. Cette expérimentation prouve que cette production peut être lancée par tout le monde, en particulier par des précaires. Utilisation de serres horticoles désaffectées, réutilisation de câbles, de plastiques, de bois et même de moteurs électriques (d’essuie-glace et de machine à laver), d’alimentations d’ordinateurs… Il aura juste fallu acheter des bâches, du béton, du bois de coffrage et du petit outillage… Le projet a bénéficié d’un micro-projet FSE et de contrats aidés. Ce type de production peut donc être reproduite en Alsace, dans le Sud de l’Europe comme dans l’hémisphère Sud.

Les acteurs du projet s’emploient maintenant à propager l’idée de produire de la spiruline au Nord comme au Sud. L’un d’eux est en train de monter une coopérative en Côte d’Ivoire.

Notons toutefois qu’un autre objectif a dû être abandonné en route. Les acteurs du projet souhaitaient vivre une aventure collective enrichissante débouchant sur une coopérative. De fortes dissensions ont conduit à des scissions, la SCIC initialement espérée donnera lieu à plusieurs structures séparées.

Souhaitons que cette expérimentation essaime pour de bon au Sud comme au Nord, et que ce trésor ne soit pas galvaudé par des pratiques commerciales inéquitables.

Eric Goujot

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publié le 03/12/2010


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